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Réunion des Écrivains Anonymes Le Président de la section E.A du Mans - partout il y en a des écrivains anonymes, ça pullule, ça pustule les chaises quand ils posent un cul, ça cherche à percer, à transpercer, le milieu par la voie lactée, ça s’y croit, ça se croit humble, c’est publié dans d’ignobles revues qui devraient ouvrir aussi des groupes de revues littéraires anonymes (trop fières d’apporter un neutron à la bombe à eau, non), dans des cercles qui tournent au triangle en dansant la ronde, oui ça se reproduit entre-eux, ça dégénère, nous voici avec des mongols de la plume, voilà que viennent les trisomiques du clavier depuis l’arrivée du Web, et ces messieurs-dames ont cru bon se faire un nom. - Salut les gars, et les nanas, bien entendu. Si nous sommes réunis en ce soir auguste, putain de merde. C’est pour échanger sur le sujet qui nous rassemble et qui nous pose problème, bordel, putaing cong ! Nous allons faire un tour de table, et, je vais vous demander de vous présenter comme à l’accoutumée, bande de pignoufs de la tribune Boulogne présidentielle, droit au but, n’est-ce pas… Marcel à toi, je vous prie… heu… à toi le clown ! - Bonsoir, je m’appelle Marcel. J’ai publié et je n’en suis pas fier, croyez-moi. Plus, justement, je n’en suis plus fier. Il fût un temps… - Marcel !!! - Oui. Grâce à vous, par la raison du groupe, j’ai pris conscience que je suis impuissant devant l’écriture. Cela m’a pris un temps certain pour recouvrer ma lucidité. Je suis abstinent des mots depuis dix mois… (Applaudissements dans la salle) - Merci. Je n’ignore pas que rien n’est jamais gagné, que je ne suis pas à l’abri d’une rechute. Heureusement pour moi, mon ALICE BOX déconne, je suis moins tenté par le démon. Je travaille le chapître N°5 du Programme E.A : comment mal parler. Je sais que c’est crucial. Je ne sais pas si j’y parviens, je tente tout pour ce faire. - Bordel Marcel, t’y arrives pas, on dirait une tarlouze qui cause ! remarque l’un des membres, ex star locale du cercle littéraire des Rosati qui ne loupait pas un marché de la poésie à Paris, chaque année. Désormais, il va à la capitale pour le salon de l’agriculture, bouffer de la charcutaille. - Je viens de commencer, tu fais chier Robert ! - Bien ! Bravo ! Belle réaction ! (re-applaudissements) - Dis-nous Marcel, comment t’en es arrivé là mon salaud, c’est remarquable… je veux dire : cool, mon pote ! - L’alcool. Je bois comme un trou. Puis le cul, si vous permettez, je baise comme un dingue, des putes, affirmatif. - Petite erreur ton « affirmatif », Gainsbourg, heu Gainsbarre écrivait bien… - J’essaye…hmm hmm... des grognasses de putains, mon vieux ! - Super Marcel ! (Applaudissements nourris) À l’autre bout de la table, un petit brin de femme a les yeux rivés sur une feuille et dans sa main… un stylo ! Le Président qui a des yeux, encore, bien qu’il songe à Gilbert Montagné comme prochain défi transformiste, tape du poing… où ça ? Sur la table, oui. Silence de mouche. Et il gueule à destination de la petite femme à l’air timoré, une aile de papillon : - Giiiiiiiisèèèèèèèle ! - Oui Président... (tout bas) - Tu écris ou je rêve ? - Juste ma déclaration d’impôt… (elle rougit) - Mon cul ouais ! Fais passer. Les autres, lisez. (des haanns de réprobation parcourent l’assemblée jusqu’à ce que l’objet délictueux arrive entre les mains du Président) - Ta déclaration d’impôt, hein ? UN IGNOBLE POÈME, de gonzesse qui plus est... colchique dans les prés ! Ma pauvre Gisèle, regarde bien ce que j’en fais de ta merde ! - Nooon, pitié… Il sort un Zippo Harley-Davidson à l’effigie de Johnny et brûle la feuille, tendue bien haut. L’assemblée se met en branle de hurlements de joie et de « Houuuu Gisèle se prend encore pour un écrivain, salope Gisèle ! ». Sous les pleurnichements contenus de la dite Gisèle. - Marcel et Robert, foutez-moi ça dehors. Tu n’as rien à faire ici ce soir, reviens la semaine prochaine, si tu es prête à aller droit au but. Sur ce la séance est close, je crois que ça nous aura servi de leçon à toutes et tous. La prière, avant… Chaque membre se lève en se tenant la main et récite : « Marc Lévy, aide nous à nous débarrasser du démon de l’écriture, la lecture de ta prose pourrie est salvatrice. Mort à nos références littéraires, des ordures ! » Hébergé par 20six.fr |
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